Numérisation du monde, algorithmes et rapport à notre humanité (1/2)

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Internet, un monstre planétaire

Nous pouvons définir Internet comme un outil universel d’accès direct à l’information. Il peut être considéré comme un organisme planétaire dont l’épine dorsale est composée de câbles sous-marins transcontinentaux, et dont les terminaisons nerveuses sont situées en l’endroit de chaque interface réseau (smartphone, ordinateur, webcam, serveur, etc.)

Pour exploiter la pleine puissance de ce réseau global, il est nécessaire de s’interfacer au maximum avec ce dernier, c’est-à-dire de numériser le monde. Il s’agit d’abord de convertir le monde réel analogique (un livre, une musique, un individu) en signaux numériques composés des bits 0 et 1 (ebook, mp3, avatar). Puis, il s’agit de connecter l’ensemble des individus et objets du monde physique au réseau global en leur greffant à chacun une interface réseau (smartphone, objets connectés). Enfin, il convient de convertir les processus humains (management, intermédiation, confiance, prise de décision) en processus numériques par le biais d’algorithmes.

Révolution numérique

Sans toujours en avoir conscience, nous vivons actuellement un moment historique, une révolution qui marquera un tournant majeur dans le développement de nos sociétés.

Nos sociétés humaines ont évolué à travers les âges préhistoriques avec l’Age de  la Pierre, l’Age du Bronze ou encore l’Age du fer. Plus récemment, elles ont connu des mutations successives aux travers de grandes révolutions industrielles et inventions. La vapeur a engendré une alphabétisation de masse grâce aux outils de diffusion de masse que sont l’imprimerie, bateaux et locomotives. Le charbon, le pétrole, l’énergie nucléaire ont lancé l’ère de la production de masse par le biais du moteur à combustion, puis des réseaux électriques et téléphoniques ; s’ensuivent l’apparition de l’automobile, des objets plastiques, des produits chimiques et de médiums que sont la radio et la télévision. Enfin, Les technologies de communication ont pu connaître un essor fulgurant grâce à l’invention du microprocesseur et d’Internet, ainsi que des réseaux de communication sans-fil. C’est l’ère de la communication de masse, où la production d’énergie devient renouvelable, décentralisée et distribuée.

Nous détaillerons ici un des processus de la 3ème Révolution industrielle, à savoir la numérisation du monde (machine-readable world), au travers des objets suivants :

  • Internet et l’information
  • Internet et les humains
  • Internet et le reste du monde
  • Internet et l’intelligence artificielle
  • Internet et la désintermédiation
  • Internet et l’industrie 4.0

Internet et l’information

Par son réseau acentré et distribué, Internet est capable de proposer du contenu numérique de façon directe à n’importe quel nœud du réseau (File sharing system) et de se doter alors d’une connaissance infinie.

L’accès à ce catalogue universel mondial débute dès la fin de la décennie 1990 :

  • en 1998 et 1999, Audiogalaxy et Napster propose le premier catalogue de musique mondial. Google, qui deviendra l’outil indexant les pensées des humains qui l’utilisent, apparaît la même année.
  • en 2000, eDonkey démocratise l’accès à tous types de fichiers (logiciels, jeux-vidéos, films).
  • en 2001, Wikipedia devient la première encyclopédie communautaire offerte à l’humanité.
  • en 2003, WordPress, plateforme de gestion de contenus, propose à tout un chacun de publier des articles de manière chronologique et thématique.

Les réseaux P2P ont permis l’accès à un catalogue de contenu infini (ebooks, mp3, films, TV shows, jeux-vidéo, logiciels) en partageant l’ensemble des disques durs connectés au réseau, alors que les plateformes de publication de contenu ont permis de démocratiser l’édition, et donc de démultiplier les contenus sur le web.

Internet et les humains

La numérisation des humains a développé l’interaction des individus avec le web en tant qu’extension physique et mentale d’eux-mêmes. Dès 2003, les sites web 2.0, dont font partie les réseaux sociaux, apparaissent. Il s’agit de plateformes de mise en relation d’individus dont les utilisateurs publient du contenu relatif à un service donné :

  • LinkedIn interconnecte les demandeurs et offreurs d’emploi via la constitution d’un réseau professionnel,
  • Facebook et Twitter monétisent la mise en relation des utilisateurs de leur réseau social auprès d’annonceurs,
  • FlickR et Youtube joue le rôle d’interface entre amateurs, respectivement, de photos et de vidéos,
  • Wikileaks autorise des sources anonymes à divulguer des informations secrètes et confidentielles auprès du grand public,
  • Airbnb, Uber, Blablacar accordent aux particuliers la possibilité de monétiser une partie de leur patrimoine (appartement, voiture)

Internet et le reste du monde

Internet s’attaque aujourd’hui à la numérisation du reste du monde en liant numériquement l’ensemble de ce qui existe à son réseau global (instrumentalisation du monde physique).

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photo by NASA [CC-BY 2.0]

Le but de l’Internet des objets (IoT, Internet of Things) est de connecter l’ensemble des objets physiques (vivants ou non) au réseau Internet. Ce processus entraînera une démultiplication du nombre de terminaisons nerveuses au réseau global tentaculaire qu’est Internet. En d’autres termes, il s’agit de créer un robot planétaire composé de milliards de capteurs, processeurs et actionneurs, qui sera interfacé au système nerveux global Internet. Les capteurs se chargeront de collecter l’ensemble des données de notre environnement. Les actionneurs, quant à eux, permettront l’interaction des objets avec notre environnement de manières autonome et automatisée.

De la même façon qu’Internet a révolutionné le rapport à l’information, l’IoT révolutionnera le rapport à notre monde physique. C’est le rapport d’ubiquité rapporté au monde physique : chaque objet physique sera accessible en tout lieu, et depuis plusieurs lieux simultanément.

La révolution de l’IoT ne se fera pas dans la prochaine montre connectée d’Apple, mais dans un nouveau rapport que nous constituerons avec les objets, qui seront perçus comme « enchantés » :

  • comme ce parapluie dont le manche s’illumine à l’approche de la pluie,
  • la voiture Tesla qui se met à jour en ajoutant dynamiquement de nouvelles fonctionnalités automatiquement via le Cloud, ou plus simplement en tant que voiture autonome capable de se déplacer dans le réseau routier en agrégeant les données de son réseau de capteurs,
  • ce miroir qui renvoie en temps réel une image de soi portant d’autres vêtements.

Les principaux enjeux de l’IoT sont :

  • la confiance et la sécurité (l’attaque récente de sites tels que Twitter, Amazon, Reddit, Netflix),
  • la connectivité, l’ouverture et l’interopérabilité,
  • la consommation (mais des progrès importants ont été réalisés).

D’une certaine façon, l’IoT permettra de greffer au système nerveux Internet une infinité d’organes de perception du monde physique, ainsi que d’organes moteurs. Cet organisme sera doté d’une infinité de cerveaux de différentes échelles et complexités (algorithmes, intelligence artificielle) qui seront contrôlés par les entreprises, les gouvernements ou les citoyens, pour des desseins différents.

Nous étudierons dans un second article la numérisation du monde à travers le prisme de l’intelligence artificielle et de la numérisation des processus humains.

photo by Croma [NC 2.0]

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Fondateur et rédacteur pour metaHUMAN

2 Comments

  • OK pour le numérique
    la connexion à travers le code et le monde du nombre
    de tout l’existant et donc les moyens technologiques qui le permettent.
    mais alors
    qu’est-ce qui n’est pas le numérique ?
    ou pour le dire autrement
    c’est quoi le contraire du numérique ?
    qu’est-ce que le numérique remplace ?

  • Salut aunryz,

    Le numérique ne remplace pas le monde physique par un monde virtuel irréel comme le serait par exemple un jeu vidéo. Il numérise le réel, c’est-à-dire qu’il crée une couche de virtualisation au dessus de nos rapports (nos interactions) avec les objets ou avec les autres êtres humains.

    Il permet d’interconnecter des individus (au sens large) qui ne le sont dans le monde physique. Le risque étant que les gens deviennent alors déconnectés de leur réalité immédiate et locale pour être connectés numériquement à des objets et individus distants.

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