Blockchain, gouvernance et rapports algorithmiques (1/2)

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Notre vanité nous fait oublié deux principes primordiaux : l’Homme n’est pas dissocié de la Nature, l’Homme est un animal socialL’Histoire des sociétés humaines n’est rythmée que par une multiplicité de rapports de domination. Le groupe social temporairement dominant imposera, par n’importe quel moyen, son maintien au pouvoir ; les groupes sociaux dominés lutteront pour se libérer de ce rapport contraint ; la majorité des individus sera invitée à maintenir le rapport des forces en étant contraint d’obéir et de favoriser le groupe social dominant (renforcement positif sous forme de récompense sociale vs. renforcement négatif sous forme de bannissement ou d’ostracisation).

En ce sens, le progrès technique devient un outil bouleversant ces rapports de domination. Internet (le protocole TCP/IP)  a été pensé par ses créateurs comme un objet libérateur permettant à tous de communiquer en se passant d’autorité ; il est devenu aujourd’hui le moyen les plus efficace jamais inventé par l’Homme pour surveiller massivement et de façon systématique l’intégralité des populations. Les nouvelles technologies peuvent-elles nous libérer des liens du Pouvoir ? Les rapports de domination font-ils partie intrinsèque de notre nature humaine ? Nous prendrons comme sujet d’étude la transformation de notre société à l’ère d’Internet.

L’impact d’Internet sur nos Sociétés

Passé – réseau centralisé analogique

L’époque précédant Internet fut une ère monopolistique analogique. Un opérateur central fournit un service à des utilisateurs qui n’ont d’autres choix que de passer par lui. La confiance est inutile puisqu’il n’existe pas d’intermédiaire : l’opérateur est ici le seul fournisseur de service.

  • Les chaînes de télévision incarnent le monopole de l’accès à l’information
  • les compagnies de transport privé telles que les Taxis G7, le monopole du déplacement privé des individus
  • Les Maisons de disques, le monopole de l’accès à la musique
  • les banques, le monopole de l’accès au crédit
  • les hôtels et maisons d’hôtes, le monopole de l’hébergement

Présent – réseau centralisé numérique

Internet permet de manière intrinsèque la mise en relation des individus. C’est ainsi qu’est apparue l’ère monopolistique numérique : une plateforme centrale assure la mise en relation d’individus, lesquels s’échangent directement des services ou du contenu. Les individus passent par un tiers de confiance pour fiabiliser ou faciliter les échanges. En échange des données personnelles des utilisateurs, les plateformes extraient la valeur produites par d’autres pour elles-mêmes.

  • Facebook, en tant que réseau social centralisé, incarne le monopole de la mise en relation des individus
  • Uber, le monopole de la mise en relation entre usagers et chauffeurs indépendants (voir économie collaborative)
  • Kickstarter, le monopole du financement participatif (crowdfunding)
  • Airbnb, Booking, monopoles de la mise en relation entre usagers et fournisseurs de logements ou d’hébergements

Futur – réseaux décentralisé et distribué

La technologie Blockchain permet de se passer de tout intermédiaire de confiance et de casser les monopoles existants : les plateformes de mise en relation des individus deviennent obsolètes car la technologie assure elle-même le rôle de tiers de confiance. Ainsi, les individus peuvent s’échanger directement des biens et services dans un réseau où chacun incarne un noeud d’un réseau peer-to-peer. L’objectif consiste ici à redécentraliser Internet.

  • Synereo, réseau social décentralisé
  • La’Zooz, service décentralisé de mise en relation directe d’usagers et de chauffeurs indépendants
  • Bitcoin, devise ou monnaie d’échange décentralisée
  • Namecoin, système DNS alternatif et décentralisé

De nouveaux protocoles distribués

La Blockchain peut ainsi faire émerger de nouveaux systèmes de gouvernance en apportant de la transparence, de l’horizontalité, des prises de décision participatives… dans un monde fortement vertical, hiérarchique et opaque. Ce protocole est aussi particulièrement adapté à l’Internet des Objets (communication machine-to-machine).

Bitcoin

Bitcoin est la première version de ce nouveau type de protocole sans intermédiaire de confiance (trustless protocol). Il a été créé dans le but d’échapper aux règles et à la régulation des banques et des Etats. Il s’agit d’un Grand livre comptable enregistrant de manière sécurisée l’ensemble des transactions Bitcoin jamais réalisées. En d’autre termes, il s’agit d’une base de données géante, distribuée et partagée par l’ensemble des individus ou nœuds qui composent le réseau peer-to-peer Bitcoin. Une transaction ne peut être supprimée sans contrôler la moitié des nœuds du réseau. C’est la première monnaie ayant permis de prouver que l’on pouvait réaliser des transactions tout en se passant de tout intermédiaire.

Ses principales limitations sont :

  • son très faible nombre de transactions par seconde (passant difficilement à l’échelle)
  • sa grande consommation énergétique et son empreinte écologique (proof-of-work)
  • son inviolabilité remise en cause par le contrôle possible et passé de 51% des nœuds (mining pool ghash.io)

Ethereum

Les créateurs d’Ethereum ont réutilisé et retravaillé le protocole sous-jacent de Bitcoin pour développer une plateforme applicative décentralisée, toujours actuellement en développement. Ethereum peut être vu comme un super-ordinateur décentralisé à l’échelle d’une planète ou encore un système d’exploitation décentralisé permettant le développement d’applications décentralisées.

Les smart contracts sont le nom donné à ces applications décentralisées qui ne sont rien d’autres que du code informatique qui peut s’exécuter indépendamment de tout intermédiaire.

Dans un second article, nous tenterons d’analyser les impacts potentiels des smart contracts sur notre société. Et ce, pour le meilleur et pour le pire…

 photo by BTC Keychain [no changes, CC BY 2.0]

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Fondateur et rédacteur pour metaHUMAN

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