Internet, Blockchain et rapport à l’anarchie

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Internet et l’accès à l’information

On peut définir Internet comme un outil permettant l’accès direct à l’information, c’est-à-dire sans intermédiaires. En effet, pourquoi continuerait-on à légitimer une maison de disques comme intermédiaire entre l’oeuvre d’un artiste et son public ; le journal télévisé, comme fournisseur principal d’informations ; un vendeur ou une publicité, comme source objective sur un produit. Cette simple idée a bouleversé des pans entiers de notre économie, en détruisant des situations de monopole, mais ce ne fut que pour en créer d’autres – ou plutôt pour transformer des monopoles analogiques en monopoles numériques :

  • le monopole d’Apple face à celui des maisons de disques
  • le monopole d’Amazon face à celui de la Fnac
  • le monopole d’Uber face à celui des sociétés de taxi

Nous venons de le voir, Internet permet à tout individu d’accéder directement à l’information. Toutefois, il ne supprime pas les intermédiaires, en tant qu’agents de médiation, de mise en relation entre individus. Ces intermédiaires ne pouvant plus, grâce à Internet, incarner une plateforme unique proposant de l’information ; ils s’attaqueront alors à la mise en relation des individus. C’est la raison pour laquelle des sociétés commerciales telles que Facebook, Twitter, Uber, blablacar, Alloresto, Meetic, LeBonCoin, eBay, Youtube, LinkedIn, Booking, Boursorama connaissent aujourd’hui un tel succès. Chacun dans leur secteur d’activité, ces Pure-Player incarnent une plateforme incontournable dans la mise en relation des individus, et ce, à l’ère de la numérisation du monde.

Blockchain et l’accès aux individus

Mettons ici de côté l’aspect purement monétaire du Bitcoin pour nous intéresser à la technologie qu’il sous-tend: la Blockchain. L’algorithme Blockchain permet de s’attaquer aux intermédiaires relationnels en proposant une mise en relation directe des individus. C’est toute la légitimité des sociétés précitées – et a fortiori tout intermédiaire relationnel – qui est remis en cause ; et par conséquent, leur existence même. Quelle légitimité pourraient prétendre ces plateformes alors que la Blockchain permet à des inconnus de s’échanger instantanément et de manière transparente, n’importe quelle donnée numérique, sans devoir se faire mutuellement confiance ou sans devoir faire confiance à un tiers quelconque. En cela, cette seconde révolution technologique bouleversera notre société, de la même manière qu’Internet a pu le faire.

Le fonctionnement de la Blockchain

Comment cela fonctionne-t-il ? L’ensemble des transactions entre les individus est enregistré dans un grand livre de Comptes (blockchain), lequel est stocké de façon distribuée (il est partagé par l’ensemble des individus). Toute modification sur ce Grand Livre des transactions (chaîne de blocs de transactions) se fait par consensus de la majorité des participants (consensus distribué). De plus, l’ensemble des transactions est vérifié par un gigantesque réseau peer-to-peer décentralisé. Une fois qu’une transaction est ajoutée, elle ne peut plus être effacée et devient donc non censurable (explication technique).

Prenons une analogie. Une coupure générale de courant tombe sur la ville de Tokyo. Des millions de personnes ne peuvent plus travailler ni se déplacer. Lorsque que le courant revient, on demande à chaque personne, individuellement mais simultanément, et avec l’aide de détecteurs de mensonges, de raconter l’événement qu’ils ont tous vécus ce soir là. Tous racontent exactement la même histoire : une panne générale de courant a paralysé la ville.

Si on prend le système de confiance actuel par un tiers, la véracité de l’événement est assurée par le principal journal télévisuel.

Si on reprend notre protocole Blockchain, la véracité de l’événement est assurée mathématiquement par l’ensemble des habitants :

  • l’événement coupure de courant général est une transaction dans la Blockchain
  • les habitants de Tokyo sont des ordinateurs isolés les uns des autres mais répartis sur l’ensemble du réseau mondial Internet, qui se chargeront de vérifier la véracité de la transaction grâce à leur puissance de calcul
  • le détecteur de mensonge est ce qu’on appelle une preuve-de-travail (un calcul cryptographique) : il permet de valider qu’un ensemble de transactions est valide
  • Ainsi, falsifier l’histoire (c’est-à-dire modifier une transaction) reviendrait à ce que plus de la moitié des habitants de Tokyo, mentent tous, de la même façon, simultanément, et ce, sans qu’ils aient pu se coordonner ensembles auparavant.
  • Nous avons la certitude que l’événement a eu lieu, en nous passant complètement d’une quelconque autorité.

Aujourd’hui, la quasi-totalité des échanges numériques est basée sur la confiance. La sécurité des messages que vous envoyez, des paiements en ligne que vous effectuez, n’est garantie que par la confiance que vous accordez à un tiers. Nous stockons sur Internet nos données les plus intimes, la plupart du temps via des mots de passe dérisoires, simplement parce que nous avons confiance. Il suffit de voir le nombre de sites web et d’ordinateurs piratés, pour se rendre compte de l’ampleur du problème.

En réponse à cela, la Blockchain certifie, par consensus du réseau peer-to-peer, qu’une transaction a eu lieu entre deux individus, et ce, sans même devoir divulguer l’identité des parties ou même la nature de la transaction.

Vers de nouveaux usages

L’objectif de l’inventeur du Bitcoin était de trouver une solution de paiement permettant de se passer des intermédiaires de confiance, que sont les banques. En réutilisant son protocole de mise en relation directe des individus par un système de consensus distribué, nous pouvons faire disparaître tous les autres tiers de confiance. On peut donc imaginer pouvoir mettre dans la Blockchain :

  • un acte de mariage,
  • un titre de propriété
  • un fichier numérique
  • un contrat à durée indéterminée
  • un produit à vendre
  • un acte notarié immobilier
  • un bulletin de vote
  • un dossier de santé
  • une preuve de paternité

…sans qu’aucun tiers de confiance ne soit plus nécessaire.

Vers une société digitale anarchique ?

Nos sociétés ont muté en sociétés de contrôles dont le but est d’obliger les individus à obéir à une autorité exerçant son pouvoir sur ces derniers. A l’opposé, une société est anarchique quand il n’existe pas d’autorité unique, imposant son pouvoir de manière coercitive sur les individus. Le protocole Blockchain, en supprimant tout intermédiaire de contrôle, s’attaque à la structure hiérarchique de nos sociétés, et les rend, en ce sens, plus anarchiques.

Pour autant, ce n’est pas en libérant l’accès à l’information, qu’Internet a fait disparaître la capacité à manipuler l’opinion publique. De la même façon, ce n’est pas en libérant la mise en relation des individus, que la technologie Blockchain supprimera les rapports de force et de domination. Le Bitcoin, inventé par le pseudonyme Satoshi Nakamoto, n’est qu’une forme de résistance – c’est-à-dire de désobéissance – de notre temps parmi d’autres, en réponse aux sociétés de contrôle. En transformant profondément les rapports entre les individus, la Blockchain incarne une rupture technologique aussi importante que fut celle de l’Imprimerie à son époque. Il permet surtout d’entériner le fait qu’après que toutes nos vies soient devenues numérisées, le traitement de nos vies n’est régi que par le seul fait d’algorithmes.

 photo [no changes, CC BY-NC-ND 2.0]

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Fondateur et rédacteur pour metaHUMAN

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