Médias, leaders et rapport au consentement

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Chaque Etre s’évertue à persévérer dans son Etre, c’est ainsi que Spinoza définissait son concept de Conatus. Les gens de pouvoir, quel que soit leur milieu d’activité – politique, médias, industrie – sont animés d’une volonté de maintenir leur rapport au pouvoir avec le monde, afin de maintenir leurs privilèges. Cette volonté exige de préserver une certaine stabilité des forces en présence.

La fabrique de l’opinion

Les mass media constituent un ensemble de corps proposant une lecture du monde homogène et disposant d’une structure suffisamment conséquente pour modifier l’opinion de millions de personnes. Les leaders d’opinion – les éditocrates –  correspondent à la dimension incarnée des mass media en cela qu’ils s’évertuent à imposer le caractère inéluctable des rapports de force en présence. Spécialistes du storytelling, ces artisans de la fabrication d’opinion jouent l’habile jeu de prétendre exercer un métier intègre, de représenter un contre-pouvoir ; cela pour mieux mener l’illusion de leur véritable dessein.

Prenons l’exemple de l’élection. Les mass media et leurs éditocrates s’évertuent à longueur de journée de convaincre les citoyens qu’il est préférable de voter qu’entre deux hommes ou femmes politiques. En offrant une tribune et une certaine complicité – au travers de 95% du temps de parole-, ils offrent une crédibilité et une visibilité décisive pour le candidat avec qui ils partagent un intérêt. L’intérêt peut être économique ou social ; in fine, il s’agira de mettre en valeur le candidat qui permettra la conservation, voire le développement, des rapports de force en leur faveur.

C’est aussi à travers la volonté de faire perdurer la stature d’une même classe sociale, celle-là même qui est partagée par les journalistes-vedette, les industriels ou les politiciens. Serge Halimi s’est intéressé à cette collusion des genres à travers son essai Les Nouveaux Chiens de Garde. Il souligne le fait que les mass media participent activement à la fabrique du consentement, par le formatage et l’influence des esprits, dans le but de préserver l’ordre établi, et ainsi le pouvoir qui’ils exercent.

Rapport au consentement

L’écrasante machine médiatique exerce un rapport de force asymétrique trop important pour pouvoir lutter contre elle. La simple écoute des mass media induit un consentement au message véhiculé, c’est-à-dire l’acceptation de la dissymétrie entre ceux qui exercent le pouvoir et ceux qui en sont privés. Prenons l’analogie de la pièce de théâtre : la fiction entretenue par les acteurs perdure car les spectateurs consentent à y assister, la légitimant par la même. Une solution serait alors de couper le signal. Peut-on éteindre sa télévision ou sa radio et se priver d’un trait commun partagé avec d’autres millions de gens ? Peut-on développer un regard critique sur le monde à travers le spectre unique des mass media ?

Quelle incidence cela engendre-t-il sur nos vies ? Cette fabrique du consentement permet de faire accepter une politique économique contraignante, qui provoquera d’abord le rejet de la population qui la subira. La crise économique et financière, que nous vivons depuis plusieurs années, est utilisée pour faire pression sur le corps social. En effet, les périodes de crise permettent de remettre en cause plus facilement les acquis sociaux (CDI, avantages fiscaux pour les entreprises) en appliquant une politique de rigueur. Celle-ci vise aussi à compenser les pertes subies par les institutions financières. Ce changement de paradigme où les commentateurs répètent à n’en plus finir qu’il n’y a pas d’alternative à la rigueur, que les dépenses publiques doivent diminuer, tout comme les cotisations patronales, engendre une résistance de la part du corps social. Pour contenir ce dernier, il faudra obtenir son consentement par le biais de l’appareil médiatique. Il faudra également le surveiller pour empêcher toute propagation de sentiment de colère et de rejet.

Changer de logiciel

Pour ne pas subir passivement le joug de ces structures, il convient de modifier le rapport effectué avec ces dernières. Si je cesse de composer un rapport qui ne fait que me diminuer, j’augmente ma puissance d’agir qui peut être catalysée sur d’autres objets qui me sont, eux, bénéfiques. Il appartient ainsi à chacun de sortir de ces rapports contraignants pour ne plus les subir.

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