Citoyens, politiciens et rapport au pouvoir

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Dans nos démocraties, le citoyen est un électeur qui choisit un représentant pour lui confier son pouvoir politique : celui de participer et d’être une composante active de la vie en communauté. Ce transfert de pouvoir permet au citoyen de dédier sa vie pour une cause : celle du profit. En acceptant d’échanger son pouvoir politique contre un pouvoir rémunérateur, le citoyen enrichit l’entreprise pour laquelle il vit, en espérant qu’elle lui redistribue une part toujours un peu plus importante.

L’homme ou la femme politique exerce son pouvoir sur les citoyens par la légitimation de ce transfert du pouvoir politique. Pour que se perpétue le rapport de domination entre les classes, le politicien doit faire régner la tristesse. En effet, défendre un projet de société auprès des citoyens ne permettra pas de maintenir cet état de fait. Le medium le plus efficace pour accabler et diminuer tout rapport d’opposition reste l’émotion. La division par la stigmatisation de certains citoyens, l’éloge de l’épanouissement au travail, le maintien du sentiment sécuritaire sont des exemples de techniques de diffusion de la tristesse. Le politicien tire de ce travail un goût de puissance sur la vie des autres, en accédant à une position hiérarchique jugée socialement favorable.

Le règne de la tristesse

Par le vote et l’élection, le citoyen et le politicien légitiment leur rapport de domination du second sur le premier. L’illusion de la pluralité des opinions politiques permet de maintenir le simulacre et d’empêcher de penser hors du cadre. Ce même cadre de domination est représenté par les principaux partis politiques.

Paradoxalement, le politicien est impuissant car il a besoin de la tristesse qu’il inocule aux citoyens pour en tirer un sentiment de puissance. De la même façon, le prêtre a besoin que le croyant demeure triste et fasse preuve de remords pour justifier son pouvoir spirituel. L’esclave – celui qui laisse perpétuer un rapport de domination – a besoin également de cette tristesse pour légitimer et se satisfaire de ce rapport de domination.

Accepter cet état de fait revient à nous rendre prisonniers de modes d’existence dénués de sens. Notre puissance d’agir est d’autant diminuée qu’espérer en l’arrivée de l’Etre providentiel revient à légitimer la perpétuation de notre impossibilité à agir. Cela revient en une capture de nos propres désirs pour réaliser ceux d’une tierce personne.

Pour imposer ces rapports de domination, il est d’abord nécessaire de les imposer, puis de les légitimer dans le temps, par la contrainte – positive ou négative. L’imposition d’une organisation du travail hiérarchisée et la captation des désirs des citoyens en la réalisation d’un profit personnel est imposé par le cadre des structures. Survivre en société est conditionné à l’acceptation de ce rapport de domination pour conduire à sa propre reproduction matérielle – c’est-à-dire assurer sa propre subsistance. La légitimation de ce rapport salarial peut prendre une forme négative : si on n’accepte pas ce rapport, notre existence en devient fragilisée. Mais elle peut prendre aussi une forme positive pour faciliter son acceptation : la réalisation de soi par l’acquisition de biens matériels, la promesse d’atteinte d’un statut social privilégié – reconduisant tacitement la réalisation du dit rapport salarial.

Notre relation au pouvoir

Ne plus subir la tristesse – ou la fausse joie – qui permet de légitimer ce rapport de domination passe par la réalisation de ses propres désirs. Il convient d’abord de sortir du cadre mortifère qui conduit à assurer passivité et acceptation de l’ordre établi. Ensuite, il est nécessaire de penser à de nouvelles structures qui permettent d’atteindre un objectif commun par la participation et la considération de tous. Peut-on repenser l’agir collectif sans retomber dans les mêmes déviances ? Le risque encouru en vaut-il le prix ? Une partie de la réponse proviendra sans doute du refus de ces rapports de domination et dans l’envie d’expérimenter de nouvelles formes de vivre-ensemble.

La question du rapport au pouvoir est compris comme la relation à celui qui nous domine. Et s’il s’agissait du rapport à notre propre pouvoir ? C’est-à-dire des actions que nous sommes capables de réaliser pour apporter à nous mêmes et aux autres, une joie saine. Identifier les rapports positifs qui nous sont communs, tout en délaissant ceux qui nous diminuent, nous permettra sans doute de trouver quelques pistes d’émancipation dans notre rapport à l’autorité.

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